Mois 1 — Le Souffle Premier

Jour 2 : Le corps commence à parler

Mardi 19 mai 2026

Le premier jour, on découvre. Le deuxième jour, le corps réagit à ce qu'il a découvert.

Position fœtale

Et il ne réagit pas du tout de la même manière chez les deux.

Christian — L'intellect qui veut prendre les devants

Je me remets au sol. Côté droit, toujours confortable — les bras, les jambes repliées, tout se pose. Mais le côté gauche reste brutal. Impossible de trouver la joue : je me retrouve sur le front, sur les arêtes, sur les os. L'enveloppe du corps ne touche pas le sol à gauche. Ce sont les pointes qui le touchent.

La respiration confirme tout. À droite, le ventre prend le relais — comme si la gravité le poussait vers le sol. À gauche, rien ne descend. Ça reste en haut, dans les poumons, vers les extrémités.

Et puis il y a la mouche. Une mouche se pose sur mon bras pendant la respiration. Mon premier réflexe serait de la chasser. Je ne le fais pas. Je la laisse. C'est une sensation de plus. Le bébé ne chasse rien — il reçoit tout.

Pendant le grasping, je me fais prendre. Je veux instinctivement travailler la réversibilité — ouvrir, fermer, contrôler. Sauf que ce n'est pas le stade. Le nouveau-né ne contrôle rien. Il saisit par réflexe, sans intention. Je me corrige. Je laisse aller. Et à nouveau, comme hier, le même phénomène : en me concentrant sur les mains, le reste du corps lâche et j'entre dans un état méditatif. Ce n'était pas un accident. C'est reproductible.

Sur le dos, à la fin, le corps ne cède pas complètement. La surface est là, le contact est correct — mais il manque quelque chose. La confiance. Le côté gauche ne fait pas confiance au sol. Ce n'est plus de la douleur comme en position fœtale. C'est autre chose. Plus profond.

Adi — Le corps dit non

Hier, je m'endormais. Aujourd'hui, je ne tiens pas en place.

Je commence sur le côté gauche — mon côté confortable d'hier. Au début, ça va. Et puis la nausée arrive. Pas violente, mais présente. Insistante. Et la mouche qui revient sur le visage, encore et encore.

Quand je tourne à droite — le côté difficile d'hier — surprise : c'est beaucoup mieux. Je ne trouve presque plus de différence entre les deux côtés. Quelque chose a bougé en une nuit. Mais le malaise, lui, reste.

La dernière position est la plus troublante. Hier, sur le dos, tout était lourd, confortable, mon visage fondait dans le sol. Aujourd'hui, rien de tout ça. Je suis agitée. Et une sensation étrange s'installe : comme si quelqu'un me tenait par les pieds, la tête en bas. Le poids descend vers le crâne, lentement, de plus en plus. Mes jambes demandent à s'étirer. Mon corps veut bouger, fuir la position.

Je résiste. Mais ce n'est pas facile.

Ce qu'on voit émerger

Le Jour 1 ouvre une porte. Le Jour 2 montre ce qu'il y a derrière.

La mouche. Le même insecte, le même moment, deux réponses opposées. Christian la laisse venir — il l'intègre comme une sensation supplémentaire. Adi la vit comme une agression. Ce n'est pas une question de patience ou de caractère. C'est le même stimulus traité par deux systèmes nerveux dans deux états différents. L'un accueille, l'autre se défend. Le bébé, lui, n'a pas le choix — il reçoit tout.

L'asymétrie bouge. Chez Christian, elle reste marquée — la droite est toujours le côté de l'enveloppe, la gauche celui des arêtes. Chez Adi, l'écart entre les deux côtés s'est réduit en une nuit. Mais attention : Adi est sur le canapé. La surface molle masque une partie de l'information. Le sol, lui, ne pardonne pas.

Le corps qui refuse. Hier, Adi s'endormait — le système nerveux fuyait vers le bas, vers le sommeil. Aujourd'hui, il fuit vers le haut — nausée, agitation, besoin de bouger. Deux stratégies d'évitement différentes pour la même chose : rester immobile en position fœtale fait remonter quelque chose que le corps préfère ne pas sentir.

Ce n'est que le deuxième jour. Le premier mois en compte trente. Qu'est-ce qui va émerger quand le corps n'aura plus nulle part où fuir ?

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