Quarante jours. Ce matin, quelque chose dans le corps a changé de façon perceptible. Pas une révélation conceptuelle — une révélation physique, sensorielle, immédiate.

Le lotus qui s'ouvre

Je sens mes cols du fémur qui commencent à avoir une amplitude incroyable. La position du lotus devient de plus en plus aisée. Quelque chose s'est dénoué dans les hanches — progressivement, sans forcer, à mesure que les semaines passent et que l'exploration s'accumule.

C'est l'un de ces moments où le corps témoigne. Il dit : oui, ce que tu fais a un effet. À cet âge, sentir que tout s'étire bien, qu'il n'y a pas de douleurs articulaires, que l'amplitude augmente — c'est un vrai plaisir. Et c'est aussi ce que le dévouement produit, sans qu'on l'ait cherché : non pas une récompense, mais une présence au corps qui se révèle d'elle-même.

Comme la Shambavi Mahamudra Kriya chaque jour. Comme l'exploration au sol. Comme le Taï Chi qui s'ajoute. Ce n'est pas un effort — c'est un engagement. Et l'engagement, lui, donne de l'aisance au corps.

La houle comme laboratoire

L'après-midi, nous sommes invités chez des amis qui ont un bateau. Et sur ce bateau, quelque chose se passe que je n'avais pas anticipé.

La houle. Le tangage. Le fait de devoir constamment ajuster l'équilibre — gauche, droite, avant, arrière — sans rien décider consciemment. Le corps gère. Le centre de gravité s'adapte en permanence, de façon automatique, continue, sans effort apparent.

C'est exactement ce que les douze étapes du bébé préparent. Ce que le Taï Chi rend conscient. Ce que le glissement reptilien organise : la capacité du système nerveux à répondre à l'espace qui bouge, à trouver l'aplomb dans l'instabilité, à ne pas résister mais à suivre.

La nuit qui suit

Nos amis du bateau nous confient quelque chose : quand il y a de la houle, quand le bateau tangue d'un côté et de l'autre, ils font des rêves très, très bizarres. Le système vestibulaire continue de travailler pendant le sommeil. L'oreille interne enregistre, le cerveau intègre, et ça ressort pendant la nuit sous forme d'images et de sensations inhabituelles.

Cela me rappelle l'expérience que j'avais vécue ici même — un rêve dans lequel apparaissait Christine Adam, une camarade de classe de mes cinq ans dont je n'avais plus entendu parler depuis lors. Le système nerveux avait sorti quelque chose d'enfoui. Le corps en mouvement continu, la nuit, avait rouvert une porte.

Ce soir, je me demande ce qui va venir. L'exploration continue pendant le sommeil — c'est peut-être là que certaines des intégrations les plus profondes se font.

Quarante jours. Ce matin : le lotus s'ouvre, les cols du fémur gagnent en amplitude. Le corps répond à l'engagement. L'après-midi : sur le bateau d'amis, la houle comme laboratoire involontaire du centre de gravité. Le système nerveux s'adapte en permanence, sans décision consciente. Et cette nuit — qui sait ce que le corps va intégrer pendant le sommeil.

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